J'ai testé pour vous

Faire face à l’échec de la césarienne

(encore un article maternité? Bah ouais.)

Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais voulu accoucher. Je disais toujours que je voulais bien un enfant, mais PAS accoucher. Ces bébés mauve-blanc gluant qu’on voit dans les films, ces filles hurler, le sang… Ca m’a toujours bieeeeen refroidie. Et puis il y a aussi les copines qui prennent un malin plaisir à te faire peur, en racontant leur accouchement « 48h de travail – horrible – sanglant – traumatisant – véritable boucherie ». Ces accouchements là sont très rares. Et ma main à couper que là dessous, il y aussi un traumatisme qui n’a pas été soigné.

C’était mon cas. J’ai mis plusieurs semaines à m’en rendre compte. Parce que dès qu’un médecin me demandait comment ça allait je m’écroulais. Je comprenais pas pourquoi au début. Et ma (super) sage-femme a mis le doigt sur le problème…

C’était un magnifique dimanche de septembre.

La veille, Romain partait faire la nuit au boulot. Je lui avais dit que je ne le sentais pas qu’il fasse la nuit alors que j’avais déjà dépassé mon terme de 5 jours. Après avoir marché 5km avec mon Léon ( <3 ) qui s’était enfoncé un bout de bois dans le palais, nettoyé toute la maison, … je sentais bien que j’étais crevée.

Vers 5H du matin, je suis réveillée par des douleurs dans le bas ventre. C’est donc ça, des contractions? J’essaie de me rendormir, mais ça revient, toutes les 15 minutes environ. Je téléphone au bloc accouchement. « Prenez un bain madame! Et si ça passe, reposez-vous. Si elles ne passent pas, retéléphonez-nous! ». Et dans le bain, ça s’accélère. Ok. Pas de panique. Il va falloir se bouger. Je retéléphone au bloc. « Il est grand temps de prendre la route! Vous allez vivre une journée magique! ». Heu oui ok. Mais il est 6h du matin et mon mari bosse à 1h de l’hôpital…
Je finis ma valise, je fais la vaisselle, et je prends le volant. Seule. SEULE? Bah oui. J’ai bien cru devoir m’arrêter sur le côté une fois mais la douleur était vraiment gérable. Et de toute façon, je voulais vivre ça seule ou avec mon mari. Mais pas embarquer quelqu’un d’autre là dedans. C’était notre moment. On l’avait tellement attendue cette poulette… 30 minutes plus tard, j’arrive aux urgences. Les sages femmes me prennent en charge, on me fait un monito qui ne montre absolument rien. Si on s’y fiait, je pouvais rentrer à la maison…

Le travail se met en place, je continue à marcher dans les couloirs, j’accompagne la douleur grâce aux outils que m’a donné ma S-F, je me repose sur le ballon, je chante, j’essaie de dormir entre deux contractions. Ma gynéco, qui me savait très stressée d’accoucher n’y croyait pas. Bref, tout se passe à merveille et je me demande vraiment comment on a pu me faire aussi peur de ce moment. L’anesthésiste doit  arriver dans 2h pour la péridurale. Je suis zen. Je sais que cette journée va tout changer. On s’amuse à imaginer le nombre d’heures qui nous séparent encore de LA rencontre. On a calculé que vers 18h, tu devais pointer le bout de ton nez. 

Je me plains de quelques pertes anormales. On me dit que ce n’est rien. L’anesthésiste arrive pour la péridurale. Je suis très crispée.  Les gens en ont tellement raconté sur cette aiguille! Tellement que c’est à partir de ce moment là que tout dérape. L’aiguille, la douleur, ce n’est franchement rien. Une grosse pincette. Mais je m’en étais tellement fait une montagne que j’ai commencé à faire un malaise. Mon coeur s’emballait. Celui du bébé aussi. La sage-femme qui a pris le relai est bien moins douce et compréhensive. Je me fais engueuler parce que je tombe dans les pommes et parce que je pose trop de questions. En 20 minutes, on est bien loin de la bulle de douceur que l’on s’était créés pour t’accueillir. Elle veut percer ma poche des eaux. Une première fois. Et puis une deuxième fois. Et là, ils se rendent compte qu’elle est percée depuis un petit temps. Que mes pertes étaient bel et bien anormales. Le bébé nous envoyait un signal de détresse. Tu remontes, encore et encore. On pousse sur mon ventre, comme si tu allais sortir par magie… Quelle idée. Un monito. Un deuxième, plus performant. Pendant des heures. Des sondes de partout, sur ta tête, qui n’a jamais fonctionné puisque tu te cachais, sur mon doigt, sur mon ventre, … Et toujours nos coeurs qui s’emballent et ces « bip » qui n’arrêtent pas …

« On va devoir aller le chercher votre petit bébé, madame! »

Je m’en souviens encore exactement de cette phrase. Petit moment de panique. Le forceps? La ventouse? Naaaaoooon!
Ha bah non la césarienne. Là, tout s’est très vite enchainé. La blouse. Un lit. Les couloirs. Le mari qui doit faire pipi (véridique!). La poulette ne faisait que remonter dans mon ventre. Tellement que sur la table d’opération j’ai du demander un seau parce que je sentais qu’elle était contre mon estomac. Tout se passe tellement vite que je n’ai pas trop le temps de tout comprendre. Je sais juste qu’il ne nous reste plus que quelques minutes avant de te rencontrer. Les gynécos qui m’ont opéré ont tout fait pour nous déstresser. Mais on a quand même bien paniqués quand il n’ont pas su venir te chercher la première fois. Ces minutes nous ont semblé interminables. Les bras en croix, attachée. Et ce bloc op’ tellement froid….
Et puis un cri. Ce cri. Ton tout premier cri.
On te montre par dessus le drap. J’ai un peu de mal à me dire que c’est toi, là. Je ne voyais pas derrière ce drap… Tu étais brune et les cheveux tout crollés. Et puis très vite tu t’en vas dans les bras de ton papa et là je m’écroule. J’ai envie de me gratter de partout. Je pleure à grands torrents sans vraiment comprendre pourquoi. Partagée entre joie, panique, déception, … Décharge d’hormones? Réalisation?

Toute la journée avait été parfaite. Je m’étais préparée. Je me sentais forte. Je voulais la mettre au monde, MOI. Le scénario était prêt. Tout était en place.
Et ce sont deux autres personnes qui ont du le faire. A ma place. A coup de scalpel et de déplacement d’organes (cadeau). C’est vrai qu’au fond, j’ai peut-être échappé à l’épisiotomie et à des vagues de douleur bien plus difficiles. Mais je me sentais tellement prête. Comme si on m’avait fait un croche-pied au moment ou je prenais mon élan pour sauter par dessus une flaque. Bim.

Il a fallu du temps pour que je l’accepte. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire, ça je n’en discute pas. Avec le cordon autour de ton cou, jamais tu ne serais descendue seule. Mais c’était pour moi un échec. Je n’avais pas réussi à mettre mon enfant au monde moi-même. Est-ce que c’était de ma faute? Qu’est-ce que j’avais mal fait? Je me sentais coupable. Je me suis confondue en excuses. Mais personne n’était responsable…
Il y a eu cette longue attente, ce vide, l’absence de peau à peau alors que tu étais avec ton papa, et moi seule en salle de réveil, à décompter les minutes…
On s’est donc découvertes un peu plus difficilement. Il nous a fallu un peu plus de temps. L’allaitement a été difficile. Mais ces échanges, toi contre moi, étaient nécessaires pour s’apprivoiser, pour nous apaiser. Parce que si j’avais souffert de tout ça, toi aussi. Aujourd’hui encore, il y a cette marque sur ton front. Et ma cicatrice. Nos « blessures de guerre » pour enfin y arriver, à notre première rencontre.

J’ai vraiment l’impression que c’est tabou. Quand je voulais parler de ce mal-être que j’avais du mal à comprendre moi-même, on coupait souvent vite la conversation à coup de « Le bébé est en pleine santé, c’est le principal! ». Mais non. Pour bien s’occuper des autres, il faut être bien soi-même. Et donc prendre le temps de parler, avec ses proches ou quand on vous ferme les portes comme c’était mon cas, avec des professionnels. J’ai eu de la chance de tomber sur certains médecins/sage-femmes qui m’ont beaucoup aidé et parlé avec moi. Qui m’ont bien conseillée. Ca a tout changé.

Aujourd’hui je peux parler de mon accouchement sans pleurer (ou bien quelques larmes d’émotion. Mais plus de déception!). J’ai accepté.
La nature fait parfois bien les choses, et puis parfois un peu moins. Et heureusement, la science est là pour nous sauver dans de tels cas. Ma poulette et moi on est en pleine santé, mis à part quelques cicatrices et vergetures. Alors si vous êtes passées par là, parlez-en. Il y a certainement dans votre entourage des maman qui ont difficile avec tout ça. Il faudra un peu de temps. Un peu de larmes. Beaucoup d’acceptation face à l’échec, face à ce corps définitivement marqué, à ce ventre mou. Mais cette blessure, c’est aussi notre plus beau cadeau. Notre enfant!  

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Photo prise sur internet. Si quelqu’un connait l’auteur,
je serai ravie de partager son nom!
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